Quelle que soit la façon de considérer la question, qu'elle soit spirituelle, médicale ou physiologique, le Ramadan auquel se livrent le musulman n'est pas un jeûne. C'est au mieux, d'un simple point de vue technique, une privation quotidienne d'eau et de nourriture pendant 12 à 15 heures, privation essentiellement placée sous le signe de l'impatience et de l'hypoglycémie agacée.
De la "pénitence" du jeûne véritable, du bénéfice escompté même d'une simple diète, il ne demeure en effet dans le Ramadan que l'attente crispée d'une libération à courte échéance, celle qui autorise, dès le soir venu, tous les débordements, tous les excès et, en fait de jeûne, la goinfrerie la plus absolue.
Dans beaucoup de pays musulmans, le mois de Ramadan est donc paradoxalement devenu synonyme de consommation à outrance : les gens y mangent beaucoup plus qu'à n'importe quelle autre époque de l'année, et la période est marquée par la fièvre consommatrice qui frappe les ménagères en prévision des repas particulièrement riches des nuits ramadanesques.
Ce paradoxe majeur d'un "jeûne" vécu sur l'alternance rapide entre privation et gloutonnerie se renforce d'une deuxième hypocrisie soigneusement entretenue : la stoïque restriction d'eau et de nourriture de la journée est pour une large part une orgueilleuse façade qui se lézarde au moindre examen.
Les singeries du ramadan actuel n'ayant donc rien à voir avec une quelconque spiritualité - fut elle de mauvaise aloi -, c'est sous un angle purement "culturel", celui d'une affirmation identitaire, qu'il faut envisager cette pratique.


